Mis à jour le 13 septembre 2026 — par Marion Felix
La résidence permanente au Québec, c’est un parcours en deux temps, avec deux gouvernements. D’abord le Québec te sélectionne et te délivre un CSQ, le certificat de sélection du Québec. Ensuite seulement tu déposes ta demande de résidence permanente auprès du fédéral, à Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada. Deux étapes, dans cet ordre, et jamais l’inverse.
Et s’il y a une chose à retenir de l’année 2026, la voici : ce parcours est aujourd’hui construit pour les personnes déjà installées au Québec. Toutes les rondes d’invitation du volet 1 cette année ont exigé la résidence au Québec — sans exception. Ce n’est pas une mauvaise nouvelle, c’est une indication d’ordre : on arrive avec un permis de travail, on construit ici, et on demande la permanence ensuite.
Je suis passée par là — PVT, puis permis de travail ouvert, puis résidence permanente, puis citoyenneté. Voici comment le parcours s’articule, et où tu te situes.
C’est quoi la résidence permanente, concrètement ?
C’est un statut, pas un permis. Une fois résidente ou résident permanent, tu n’es plus rattaché·e à un employeur ni à une date d’expiration : tu vis, travailles et étudies où tu veux au Canada, sans avoir à renouveler quoi que ce soit.
Ce que ça change au quotidien :
- Tu travailles librement. Plus de permis fermé, plus d’EIMT à faire redemander par ton employeur, plus de délai entre deux contrats.
- Tu as accès aux services publics — assurance maladie, écoles, tarifs résidents pour les études postsecondaires, programmes sociaux.
- Ta famille est couverte : le conjoint ou la conjointe et les enfants à charge inclus dans la demande obtiennent le même statut.
- Tu ouvres la porte à la citoyenneté, accessible après un certain temps de présence physique au Canada comme résident·e permanent·e.
Si tu veux te projeter au-delà du statut, on a écrit un bilan sans filtre des avantages et des inconvénients de vivre au Canada — l’hiver compris.
Ce que ça ne change pas : tu ne votes pas, tu n’as pas de passeport canadien, et le statut peut se perdre si tu ne respectes pas l’obligation de présence au pays. La carte de résident permanent se renouvelle, elle, tous les cinq ans.
Pourquoi le Québec a son propre programme
L’immigration est une compétence fédérale, mais le Québec a négocié le droit de choisir lui-même ses immigrants économiques. Résultat : deux dossiers, deux administrations, deux séries de frais.
Le CSQ est l’accord du Québec. Il atteste que la province te sélectionne. Il ne te donne pas le droit de travailler, ni celui de rester : c’est une étape de sélection, pas un statut. Le fédéral, lui, garde la main sur l’admissibilité — sécurité, santé, antécédents — et c’est lui qui délivre la résidence permanente.
En gros : le Québec dit « on te veut », le fédéral dit « tu peux entrer ». Il faut les deux.
Par quelle porte passe-t-on en 2026 ?
Deux programmes mènent au CSQ pour un profil qualifié. Ils ne s’adressent pas aux mêmes personnes, et c’est ta situation actuelle qui tranche, pas ton CV. Si tu travailles en TI, notre panorama des voies d’immigration qui fonctionnent encore en 2026 les compare une à une.
Le PSTQ, pour celles et ceux qui visent la sélection par pointage
Le Programme de sélection des travailleurs qualifiés est entré en vigueur le 29 novembre 2024, en remplacement du Programme régulier des travailleurs qualifiés. Il compte quatre volets : compétences hautement qualifiées et spécialisées (volet 1, celui des profils TI), compétences intermédiaires et manuelles, professions réglementées, et talents d’exception.
Le fonctionnement : tu déposes une déclaration d’intérêt gratuite dans Arrima, le ministère invite par rondes selon un pointage sur 1 400 points, et l’invitation te permet de demander ton CSQ.
Deux réalités à connaître avant de miser dessus. D’abord, toutes les rondes de 2026 ont exigé la résidence au Québec. Ensuite, le ministère invite souvent par listes de professions ciblées, et aucun code CNP de développeur logiciel n’y a figuré cette année — un profil en développement n’est donc invité que par les rondes ouvertes à tous les métiers, celles qui affichent les pointages les plus élevés.
Le PEQ, pour celles et ceux qui sont déjà installé·es
Le Programme de l’expérience québécoise ne fonctionne pas au pointage : si tu remplis les conditions, tu déposes. Deux volets — Diplômés du Québec, et Travailleurs étrangers temporaires avec au moins deux ans d’expérience de travail à temps plein au Québec.
Il a été suspendu en novembre 2025, puis rouvert le 2 juillet 2026 pour deux ans, avec une période de réception des demandes qui court jusqu’au 31 octobre 2026. On détaille les conditions dans notre article sur le PEQ.
Et en dehors du Québec ?
Si tu n’es pas attaché·e au Québec, le fédéral a sa propre porte : Entrée express, qui sélectionne pour les autres provinces sans passer par le CSQ. Et pour un profil francophone, c’est devenu étonnamment accessible : en 2026, IRCC a envoyé 50 500 invitations dans la seule catégorie « compétence linguistique en français », à une note moyenne de 401 points — contre 514 pour la catégorie de l’expérience canadienne. Un autre système, un autre pointage, mais une option à connaître avant de tout miser sur une seule province.
Lire le guide d’Entrée express 2026 →
💡 Conseil Maplr : ces deux voies ne s’excluent pas. Tu peux avoir une déclaration d’intérêt active dans Arrima et déposer au PEQ si tu y es admissible. Les frais des deux demandes sont exigibles et non remboursables, alors regarde d’abord laquelle correspond vraiment à ta situation.
Ce qui a changé depuis 2024, en cinq dates
Le cadre québécois a été refait de fond en comble en deux ans. Si tu as commencé tes démarches avant 2025, une bonne moitié de ce que tu as lu à l’époque est aujourd’hui caduque. Voici la ligne du temps, courte.
- Octobre 2024 — le Québec suspend la réception des nouvelles demandes au Programme régulier des travailleurs qualifiés (PRTQ) et au volet Diplômé du PEQ. Plus rien n’entre pendant des mois.
- 29 novembre 2024 — le PSTQ entre en vigueur et remplace le PRTQ : quatre volets, un pointage, des invitations par rondes dans Arrima. Mais le programme reste gelé à sa naissance.
- Juillet 2025 — dégel. Les critères d’invitation sont publiés et les premières rondes du PSTQ démarrent.
- 2 juillet 2026 — réouverture temporaire du PEQ, ses deux volets compris, jusqu’au 31 octobre 2026. L’expérience ou le diplôme doivent avoir été acquis au 19 novembre 2025.
- Été 2026 — les rondes du PSTQ se resserrent brutalement : 1 094 invitations au volet 1 le 4 juin, puis 74, 105 et 87 en juillet et en août.
Ce que ça veut dire concrètement, en septembre 2026 : si tu es admissible au PEQ, la fenêtre qui se ferme le 31 octobre est de loin ta meilleure porte. Sinon, c’est le PSTQ, avec un seuil de pointage qui a beaucoup monté — on détaille comment le travailler dans notre guide du PSTQ.
PSTQ ou PEQ : lequel te concerne cette année ?
La question n’est pas « lequel est le meilleur », mais « lequel est ouvert pour toi, maintenant ». Voici comment on la tranche avec les personnes qu’on accompagne.
| Ta situation | La porte à regarder en premier |
|---|---|
| Tu travailles déjà au Québec et tu avais deux ans d’expérience à temps plein en CNP 0, 1, 2 ou 3 au 19 novembre 2025 | Le PEQ, volet travailleur — la réception des demandes court jusqu’au 31 octobre 2026 |
| Tu as obtenu un diplôme québécois admissible avant le 19 novembre 2025 | Le PEQ, volet diplômé, même fenêtre |
| Tu es au Québec mais tu n’atteins pas ces seuils | Le PSTQ, en travaillant ton pointage — le français d’abord |
| Tu es encore à l’étranger | Le PSTQ volet 1, en sachant que le seuil est haut cette année ; et Entrée express en parallèle, côté fédéral |
Le détail qui piège le plus de monde : pour le PEQ, l’expérience ou le diplôme doivent être déjà acquis au 19 novembre 2025. Les mois travaillés depuis ne comptent pas pour cette fenêtre-ci. Si tu es à trois mois du compte, inutile d’attendre — c’est le PSTQ qu’il faut préparer. Les conditions complètes sont dans notre guide du PEQ.
Ce qu’on observe sur les profils qu’on accompagne
Depuis 2019, près de 7 000 personnes nous ont indiqué où elles en étaient dans leurs démarches en s’inscrivant chez Maplr. Développeur·ses, gens de données, d’infra, de sécurité. Trois choses ressortent, et elles disent beaucoup du parcours réel.
25 personnes seulement détenaient un CSQ au moment de leur inscription. Autrement dit, quasiment personne n’arrive au Québec avec la sélection déjà en poche. L’immense majorité arrive avec un permis de travail, construit sa vie ici, et engage la sélection permanente ensuite.
Une personne sur quatre ne sait pas où elle en est. À la question de leur statut d’immigration, 26 % ont répondu « Aucune idée, aidez-moi ! ». Franchement, c’est normal : CAQ, CSQ, EIMT, Arrima, PSTQ, PEQ, permis ouvert, permis fermé — huit sigles pour une seule vraie question, celle de savoir quand on a le droit de travailler ici.
Et ce sont les profils déjà autorisés à travailler qui avancent le plus vite — permis ouvert, résidence permanente, citoyenneté. Rien de magique : un employeur qui peut te faire commencer dans trois semaines n’a pas les mêmes contraintes qu’un employeur qui doit attendre huit mois. C’est une question de calendrier, pas de talent.
Combien de temps, combien ça coûte ?
Le parcours se paie en deux fois, une par gouvernement. Voici les montants en vigueur.
Côté Québec, pour la demande de sélection permanente, tarifs revus au 1er janvier 2026 : 940 $ CA pour le·la requérant·e principal·e, 201 $ CA pour l’époux ou la conjointe de fait, et 201 $ CA par enfant à charge.
Côté fédéral, pour la demande de résidence permanente comme travailleur qualifié sélectionné par le Québec : 1 590 $ CA pour le·la requérant·e principal·e et autant pour le conjoint ou la conjointe — ces montants incluent le droit de résidence permanente de 600 $ — et 270 $ CA par enfant à charge.
Pour une personne seule, compte donc autour de 2 530 $ CA de frais gouvernementaux, auxquels s’ajoutent le test de français, l’évaluation comparative des diplômes, l’examen médical et les certificats de police.
Côté délais, on préfère être honnêtes : ils varient beaucoup et bougent d’une année à l’autre. Ce qu’on constate en revanche sur nos dossiers, c’est que le temps le plus long n’est presque jamais celui du traitement. C’est celui d’avant : rassembler les pièces, repasser un test de français, faire évaluer un diplôme. C’est là qu’on gagne des mois. Les délais officiels du jour sont sur quebec.ca et sur canada.ca.
Cinq choses qu’on aurait aimé savoir plus tôt 💡
- Le CSQ n’autorise pas à travailler. C’est une sélection, pas un statut. Pour travailler, il faut un permis obtenu séparément — et c’est l’erreur de compréhension la plus fréquente.
- La déclaration d’intérêt est gratuite et se met à jour. Chaque nouveau poste, diplôme ou test de français fait monter ton pointage. Beaucoup de profils laissent dormir une déclaration qui vaudrait plus cher aujourd’hui.
- Le français du conjoint ou de la conjointe compte aussi. C’est le critère qui se prépare le plus longtemps à l’avance, et celui qui coûte le plus cher à rattraper quand l’invitation approche.
- CAQ et CSQ ne sont pas la même chose. Le premier concerne les études, le second la sélection permanente.
- Dis à ton futur employeur où tu en es dès le premier échange. Ça paraît risqué, c’est en fait ce qui te fait gagner du temps : les entreprises habituées à recruter à l’international savent s’organiser, encore faut-il qu’elles sachent.
Ce que Maplr peut faire pour toi
On ne dépose pas ton dossier d’immigration — c’est le métier des conseiller·ères réglementé·es, et on travaille avec elles et eux. Notre rôle, c’est tout ce qu’il y a autour, et qui détermine si ton dossier aura de la matière : trouver le mandat ou le poste chez un employeur québécois, préparer tes entrevues techniques, t’aider à lire ta situation et à mettre les étapes dans le bon ordre.
On accompagne des talents TI francophones depuis 2019. Plus de 250 personnes sont passées par là, seules ou en famille — il y a eu des déménagements, des mariages, des bébés nés ici. C’est la mesure qui compte à mes yeux.
🍁Vue d’ensemble
Et si tu ne vises pas le Québec ?
Le parcours est différent ailleurs au Canada : une seule étape au lieu de deux. Notre vue d’ensemble compare les voies québécoises et fédérales côte à côte, avec l’état de chacune aujourd’hui.
Questions fréquentes
Faut-il un CSQ pour travailler au Québec ?
Non. Le CSQ est une sélection en vue de la résidence permanente, pas une autorisation de travail. Pour travailler, il te faut un permis — PVT, permis de travail fermé ou permis ouvert — obtenu indépendamment.
Peut-on demander la résidence permanente depuis l'étranger ?
Techniquement, tu peux déposer une déclaration d’intérêt dans Arrima depuis n’importe où. En pratique, toutes les rondes d’invitation du volet 1 en 2026 ont exigé la résidence au Québec. La stratégie réaliste consiste donc à entrer d’abord avec un statut temporaire.
Combien de temps faut-il vivre au Québec avant de déposer ?
Il n’y a pas de durée minimale imposée par le PSTQ, mais le pointage valorise fortement l’expérience de travail au Québec. La plupart des profils qu’on accompagne déposent après environ un an sur place. Le PEQ, lui, exige deux ans d’expérience de travail à temps plein pour son volet Travailleurs étrangers temporaires.
Quel niveau de français faut-il ?
Niveau 7 à l’oral sur l’Échelle québécoise pour le volet 1 du PSTQ comme pour le PEQ. Le conjoint ou la conjointe est également concerné·e, à un niveau moindre. C’est le critère à travailler en priorité, parce que c’est le plus long à préparer.
Mon conjoint et mes enfants sont-ils inclus ?
Oui, ils peuvent être inclus dans la même demande et obtiennent le même statut. Il faut compter leurs frais dans le budget, côté Québec comme côté fédéral, et prévoir la preuve de français pour le conjoint ou la conjointe.
Combien coûte le parcours complet ?
Pour une personne seule, environ 2 530 $ CA de frais gouvernementaux : 940 $ côté Québec pour la demande de sélection, 1 590 $ côté fédéral pour la résidence permanente, droit de résidence permanente compris. S’y ajoutent le test de français, l’évaluation des diplômes, l’examen médical et les certificats de police.
La résidence permanente peut-elle se perdre ?
Oui. Elle est assortie d’une obligation de présence au Canada, et la carte de résident permanent se renouvelle tous les cinq ans. Tant que tu vis et travailles ici, la question ne se pose pas.
Article écrit par Marion Felix, cofondatrice de Maplr. Arrivée à Montréal en 2020 : PVT, permis de travail ouvert, résidence permanente, citoyenneté.